Voici les textes
écrits par les collégiens de Marie Curie sur l'histoire d'Orphée et Eurydice, travaillée lors des cours de Mme Martin.
I Chant des prisonniers (3ème1,
Décembre 2007)
1
Pour qui traverses-tu l’Enfer ?
pour Eurydice ou pour la Mort ?
Je ne traverse pas l’Enfer,
c’est le Hadès qui me traverse
2
Pour qui ta lyre sonne-t-elle ?
pour notre reine ou les sirènes ?
Mes chants sont aimés des mortels
tant ils entraînent les immortels
3
Pourquoi retourner ton visage
si tu as déjà vu la mort ?
Mais c’est elle qui me regarde
dans le miroir de mon désir
4
Que retiens-tu de l’au-delà
qui nous inspire et nous fascine ?
Le poète est celui qui meurt
étrangement avant de naître
II Descente d'Orphée aux
Enfers
(3ème1, Elise
Lellouche, Hatice Kaya, Axel Péricart, Théo Sanchez, Jessica Daclinat, Camille Gomez, Pénélope Charles)
Ici commence le redoutable voyage d’Orphée vers les Enfers, sombre demeure d’Hadès et Perséphone. Certains diront que c’est par amour pour Eurydice qu’il accomplit ce périple, d’autres que c’est le désir de rencontrer la Mort, sa mort à lui, sa mort à elle.
Orphée, lorsqu’il ne chante pas, parle tout seul mais ses paroles continuent de chanter :
Ô tendre Eurydice, toi, ma douce épouse à peine aimée…
mon cœur est déchiré par le chagrin de t’avoir perdu.
Nous nous étions à peine juré fidélité jusqu’à la mort que celle-ci t’a enlevée à moi.
Le venin du serpent qui t’a mordue aura eu raison de la vie si fragile, de ton âme si pure, de ton cœur encore vif.
Pauvre de moi ! Si seulement la Mort qui t’a ravie à moi pouvait te remplacer…
Mais que dis-je ? Mon misérable esprit est embrumé par de sinistres pensées que ma raison ne peut repousser. Cette mort à qui tu appartiens désormais me fascine et m’inspire. Comme je devrais la haïr mais mon âme de poète me prie de la rejoindre…
Qu’importe ! Je descends aux enfers pour te retrouver, Eurydice, et si parmi les forces divines, j’aperçois la Mort, je…mais que ferai-je ?
Après avoir charmé, de sa lyre enchantée, le chien Cerbère aux trois têtes et au cou hérissé de serpents, il pénétra, tête baissée, par l’arche étroite du Royaume des morts où l’attendaient les deux souverains. Il se laissa glisser sur l’onde infernale. Les eaux troubles du Styx se clarifièrent, les murmures et les plaintes lancinantes des morts se turent dans un même souffle. Peu à peu, un cercle de créatures émerveillées se forma autour du jeune homme qui progressait vers Hadès et sa Reine. Il était observé et observait à son tour. Jamais les hôtes des lieux n’auraient auparavant imaginé la venue d’un vivant. Orphée n’avait que faire de ce que pouvaient penser les monstres qui l’escortaient sur chaque rive.
Comme le fleuve était long ! Cela faisait bien… mais depuis combien de temps ramait-il au juste? Il comprit qu’il était déjà
arrivé, mais le fleuve était infini et le temps n’existait pas.
III Dialogue d'Orphée et d'Hadès
(3ème1, Elise Lellouche,
Hatice Kaya, Axel Péricart, Théo Sanchez, Jessica Daclinat, Camille Gomez, Pénélope Charles)
Orphée se dresse face à son miroir qui est une cible. Hadès l'attend depuis l'éternité.
- Où es-tu Hadès, toi qui as le dernier mot sur les plus grands héros de Grèce ? Laisse-moi traverser l’eau sombre comme tu l’as permis à Ulysse, Thésée, Hercule, Enée, mes pairs. Tout homme né de la femme doit un jour venir à toi. Laisse-moi reprendre ce que tu m’as pris.
- Ô Hadès, il n’est rien de dérobé ; je n’accueille que ceux dont c’est la destinée. Et qui es-tu petit homme insignifiant ? Je te trouve bien audacieux de venir tenter la mort, toi qui vis encore. Vous êtes rares à pouvoir descendre vivants jusqu’à moi ! Attends ton tour (riant), sois sûr que je viendrai te chercher.
- Je suis…
- Comment as-tu fait pour franchir les trois fleuves et pour que Cerbère te laisse passer ?
- Tout chien de garde qu’il est, son point faible est la musique. Je suis…
- Insolent, tu vas te noyer dans le Styx ! Cerbère, Cerbère, ici !
- Ecoute donc ma lyre et mon chant. Déjà ton chien géant s’est endormi. Vois. Jadis, j’ai bercé les sirènes, attendri les Argonautes. Je suis Orphée, poète et musicien, et je me prosterne devant toi, sur cette rive noire, devant toi dont la puissance dépasse celle qui nous est contée, là-haut dans la lumière.
- Tu aurais donc croisé Sisyphe? Tu aurais bravé les Furies ? Toi qui es poète, ne t’ont-elles pas conté que je suis sans pitié, mais juste ? Que viens-tu faire ici dans mon royaume? Ton arrogance dépasse l’entendement.
- Roi des Ombres et frère de Zeus, je cherche une femme venue à toi trop tôt : avant de fleurir, le bourgeon fut cueilli.
- Je ne le sais que trop ! Nous naissons pour mourir, n’est-ce pas ? As-tu entrepris ce voyage vers la cité interdite des morts pour trouver l’inspiration de l’au-delà ou pour retrouver la belle Eurydice ? Viens-tu pour l’amour ou pour la mort ?
- Je viens pour cette femme qui fut la mienne : Eurydice, morte le jour de notre union..
- Tu es un menteur, la Mort t’a enlevé ta femme pour mieux s’offrir à toi !
- Je t’en supplie, maître de l’Ombre et du Silence, rends-la moi ! Tant d’épreuves j’ai supportées pour descendre jusqu’à toi ! Toi-même, à reculons, n’es-tu allé des enfers à la terre pour chercher Perséphone, ta bien-aimée ? Si tu ne peux me la donner, prête-la moi ; à sa mort, elle sera à toi à jamais.
- Chante donc, petit humain, chante, ma reine aime tes sons inouïs. Vois toutes les bêtes de l’enfer qui sortent écouter ta musique. J’accepte ta requête mais à une seule condition, Orphée : l’objet de tes désirs tu devras ignorer et Eurydice te suivra. Si tu oses jeter un regard en arrière, vers l’au-delà d’Eurydice, avant d’être sorti des ombres, tu la perdras à jamais.
- Qu’il en soit ainsi.
- A bientôt, Orphée…
IV Chant des Puissances Infernales
(3ème1, Elise Lellouche, Hatice Kaya, Axel Péricart, Théo Sanchez, Jessica Daclinat, Camille Gomez, Pénélope Charles)
refrain : Nous sommes les morts prisonniers des enfers
Nous sommes les âmes condamnées au calvaire
- Tout le jour ma chair est déchirée par un aigle rouge de sang qui se repaît de mon foie. Approche-toi, de grâce ! Et tâche de calmer, par ta voix douce, l’oiseau de mon supplice. Qu’ai-je désiré sinon offrir aux hommes le feu sacré ? Misérable Prométhée que je suis !
refrain…
- Pourrais-je encore longtemps remonter ce rocher qui tombe indéfiniment ? Je paie pour avoir enchaîné la Mort aux enfers, pour avoir voulu que les hommes ne meurent plus ! Que tes chants, par leur beauté, ralentissent la maudite pierre de Sisyphe !
refrain…
- J’ai eu le malheur d’insulter la déesse Héra et depuis, me voici condamné à rester attaché à cette roue qui ne cesse de tourner, de tourner. Joue de ta lyre, Orphée, je t’en supplie, et accorde à Ixion un instant de répit !
refrain…
- Ma gorge me brûle et mon estomac se désespère d’être vide, mais l’eau disparaît lorsque je me penche pour la boire et les fruits des arbres restent hors de ma portée. Pourquoi ai-je offert mon fils à manger aux dieux ? Pauvre Tantale ! Par pitié joue, joue encore, que j’en oublie ma faim, ma soif.
refrain…
V Dialogue d'Orphée et d'Eurydice (montée des Enfers)
(4ème5, Samy Abdelazim, Vianney Le Saux, Avinash Yogathas)
Orphée, du plus profond des enfers, remonte vers la lumière. Grâce au charme bien étrange de sa lyre, il a attendri cette vaste multitude et fait chavirer le cœur d’Hadès lui-même pour qu’il lui rende Eurydice. Ils se parlent sans pouvoir se voir.
- Je sais que je peux vous perdre de nouveau et cela me trouble, mais plus encore l’au-delà. Comment ai-je pu passer de la vie à la mort ? Ne serais-je plus vivant ? Comment est-ce la mort, Eurydice ?
- C’est l’horreur même, celle qu’on ne peut regarder en face. Avancez donc sans vous retourner !
- Oui, suivez-moi comme mon ombre. J’aimerais tant vous voir dans les yeux, savoir si je suis mort ou vivant. Cette pensée m’est vitale. Y a-t-il une limite qui nous sépare ?
- Je ne le pense pas mais je sais qu’il y a une limite entre le bien et le mal… Pourquoi voulez-vous me voir ? Voulez-vous savoir si je suis mieux morte que vivante ? Je suis… une ombre, Orphée.
- Non, je ne rêve que de vous, mordue le jour de nos noces…par un serpent, cette bête de l’enfer…Cela me fait encore souffrir. Je voudrais tant pouvoir vous chanter mon amour mais ma voix a déjà trop travaillé pour Hadès, le maître des Ombres, et ma gorge est endolorie ; j’ai tellement joué de ma lyre que mes doigts sont enflés. Il fallait que je donne le meilleur de moi.
- Je ne vous comprends pas. Etes-vous descendu pour moi, pour combler le vide que je laisse en vous, pour l’amour ou pour rencontrer la Mort ? Vous n’êtes qu’un égoïste, vous n’êtes pas venu pour moi mais pour emplir votre cervelle d’inconnu. Je ne veux plus vous voir et m’en retourne d’où vous m’avez tirée.
- Non, vous feriez une erreur, attendez, j’aperçois la lumière si belle, si blanche. Cela fait si longtemps qu’elle ne nous a pas baignés ! Me suivez-vous ?
Alors Orphée, bravant l’interdit d’Hadès, se retourna dans la lumière chaude avant qu’Eurydice, sa moitié, ait quitté les ténèbres ; il la regarda profondément dans les yeux. Il y vit la mort qui la faisait disparaître à jamais.
- Si je raconte aux vivants l’histoire telle qu’elle s’est passée sous vos yeux, tous me haïront. Après tout, je suis poète et il n’y a aucun témoin ! Je changerai l’histoire, disant que l’amour m’a rendu impatient et aveugle ! Orphée, Prince des Poètes !
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